ANNE VALLERY-RADOT RUBRIQUES ARTS & CINÉ

ANNE VALLERY-RADOT RUBRIQUES ARTS & CINÉ

BOUDDHISME ET CHRISTIANISME

 

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Pour Frédéric Lenoir

<<Tandis que le bouddhisme conçoit l’homme comme le produit d’un évolutionisme naturel dont les origines premières restent assez floues, le christianisme le considère comme une créature divine, la seule à posséder un esprit ou une âme spirituelle lui permettant de retourner à son créateur.
Sur la question du mal et de son origine, la situation est presque inverse. Tandis que le bouddhisme apporte une explication causale logique, abondamment développée – la loi universelle du karma – les chrétiens restent presque muets sur la question et renvoient, à travers le mythe du péché originel, au mystère de l’acte créateur face à la liberté humaine.
Sur la question de l’au-delà, même si on a pu noter quelques points importants de convergences, subsiste un point de désaccord fondamental. Les chrétiens affirment avec force que chaque homme ne vit qu’une fois et qu’il est ensuite jugé et rétribué en fonction de ses mérites. La récompense suprême est d’ailleurs la participation totale à la vie divine : la vision béatifique ou la Vie éternelle. Les bouddhistes sont quant à eux convaincus de l’existence de nombreuses vies – même si la question de ce qui transmigre d’une vie à l’autre reste très complexe et fortement débattue au sein même des différents courants du bouddhisme – et pensent que l’homme ne peut atteindre l’Eveil qu’au terme d’un parcours d’un parcours extrêmement long.>>(.....)

 

 

Au regard de l’histoire, on  peut constater que le bouddhisme a mis fortement l’accent sur le travail sur soi, la transformation de soi, tandis que le christianisme, sans négliger cette dimension (du moins jusqu’à une période récente) a également développé de nombreuses oeuvres caritatives et d’éducation, répondant à un impératif de transformation du monde. 

  Le Lama insiste sur le fait que chaque religion ou voie spirituelle de l’humanité est égale en dignité – même si les moyens divergent – chacune pouvant conduire les hommes à l’Eveil. A l’inverse le Moine a sans cesse rappelé la position catholique qui pose la prééminence du christianisme sur les autres religions, même si l’Eglise reconnaît des parcelles ou des germes de vérité ailleurs.

Si le ton  et les formes ont évolué,  la position actuelle de l’Eglise vis à vis des religions en général et du bouddhisme en particulier reste fondamentalement la même que celle du pape Clément XII qui écrivait en 1738 au Dalaï-Lama : « Nous avons l’espérance motivée que, par la miséricorde du Dieu infini, vous en arriverez à voir clairement que seule la pratique de la doctrine de l’Evangile, dont votre religion se rapproche beaucoup, peut conduire au bonheur d’une vie éternelle. » 

 Frédéric Lenoir 

Un dialogue bouddhisme / christianisme

 


 

 

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Kakichi Kadowaki a connu tardivement le christianisme. En méditant les Exercices de Loyola, il découvre une réelle parenté entre la vie religieuse chrétienne et la vie monastique Zen. C'est à cette lumière qu'une nouvelle lecture de la Bible s'ouvre à lui, corporelle, émotionnelle, viscérale. Finalement, c'est sa propre expérience qu'il relate au confluent de la pratique de la sesshin zen et de la retraite ignatienne.

 

Jésuite et professeur de philosophie à l'Université Sophia de Tokyo, Kakichi Kadowaki tente de dépasser les apparentes divergences entre deux grandes spiritualités pour nous rendre plus proche l'aventure spirituelle.

 

"J'étais en Allemagne, il y a quelques années pour y poursuivre des recherches sur un mystique allemand du Moyen Âge, Maître Eckhart. Une fois là-bas, je fus invité par un théologien, le professeur J. Ratzinger, (devenu depuis cardinal, puis pape), à faire une conférence sur "le Zen et le Christianisme" devant un groupe de ses étudiants en doctorat. Dans mon exposé, je présentai le Zen en contraste avec la pensée de Thomas d'Aquin et, malgré mon mauvais allemand, étudiants et professeur écoutèrent avec grand intérêt. 

 

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Cette expérience suivit d'abord une voie si discrète que je ne la réalisais même pas clairement moi-même. Quand je me mettais à faire zazen (à méditer en posture assise) je constatais, dès le début, que je pouvais lire l'Ecriture plus tranquillement et apprécier son sens profond avec plus de facilité. Au départ, je ne compris pas comment faire zazen m'aidait à comprendre le sens de la Bible. Cependant comme l'expérience se répétait, je me mis à y réfléchir et j'y trouvai finalement une explication psychologique : quand, en faisant zazen, l'esprit devenait tranquille, le sens spirituel de l'Ecriture avait la possibilité de pénétrer aux profondeurs du coeur. Sans aucun doute le zazen exerçait cette sorte d'effet sur la lecture de l'Ecriture, mais la raison véritable m'en demeurait cachée. A ce moment, je n'imaginais pas encore qu'il existât une ressemblance interne entre les Koans et la Bible. Plus tard, lorsque j'eus participé pendant un certain temps aux retraites zen (sesshin), je découvris avec surprise qu'à mon retour, j'appréciais mieux l'Ecriture et réalisais le sens de passages qui m'avaient été jusqu'alors parfaitement incompréhensibles ; comme si des écailles étaient tombées de mes yeux. L'expérience s'étant répétée à plusieurs reprises, je commençai à voir que les Koans et la Bible avaient quelque chose en commun.


 

 

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 La calligraphie de l’enso ,en japonais, « cercle »,symbolise, dans le bouddhisme zen, la vacuité ou la pratique et l'éveil qui sans cesse se renouvellent,dokan, « anneau de la Voie ». Ce symbole est issu du wuwei taoïste.

Le zen est une branche japonaise du bouddhisme Mahayana hérité du chan chinois. Elle met l'accent sur la méditation, Dhyana, dans la posture assise dite de zazen.

 

 


 

 

 

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 La croix est le principal symbole du christianisme.

Le christianisme est une religion Abrahamique, originaire du Proche-Orient, fondée sur l'enseignement, la personne et la vie de Jésus de Nazareth, tels qu'interprétés à partir du Nouveau Testament.

Il s'agit d'une religion du salut considérant Jésus-Christ comme le Messie annoncé par les prophètes de l'Ancien Testament. La foi en la résurrection de Jésus est au cœur du christianisme car elle signifie le début d'un espoir d'éternité libéré du mal.


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BOUDDHISME ET CHRISTIANISME : CONVERGENCES ET DIVERGENCES Déclaration finale du colloque inter-religieux de Taiwan, Publié le 18/03/2010.

Le colloque sur le thème « bouddhisme et christianisme, convergences et divergences », a rassemblé dix intellectuels bouddhistes et dix chrétiens, venant du Japon, de Taiwan, du Sri Lanka, des Etats-Unis et d’Italie.

 (...........................)

 

<<Bouddhisme et christianisme s’accordent à reconnaître que la condition humaine est en quelque sorte imparfaite, et admettent la possibilité d’une transformation positive.

L’approche bouddhiste de la condition humaine est d’examiner l’expérience humaine, d’en présenter une analyse précise, et une méthode pratique qui amène à la libération.

L’analyse bouddhiste traditionnelle affirme que l’énergie du karma enracinée dans l’ignorance et l’attachement à soi sont les causes de la souffrance humaine et du mal.

Les bouddhistes proposent un chemin hautement moral, une pratique de méditation profonde, et une grande sagesse comme remèdes à cette condition.

Selon la tradition chrétienne, chaque être humain est créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. Cependant, nous en expérimentons les limites non seulement à cause de notre statut de créatures mais aussi par suite des conséquences du péché originel.

Cet héritage produit des limitations causées par l’ignorance, la concupiscence, l’aliénation de soi, des autres et de Dieu, et même la mort.

Au coeur de l’histoire chrétienne du salut, se trouve le mystère pascal de la passion, de la mort et de la résurrection de Jésus-Christ, mystère à travers lequel la condition humaine est définitivement transformée et participe à la vie divine de la grâce.>>

 

 

<<Dans leurs traditions respectives, bouddhisme et christianisme proposent un idéal concret de perfection humaine. Pour les bouddhistes, cet idéal comporte un équilibre subtil, dans l’oubli de soi, pur et détaché, entre une sagesse éveillée et un engagement de compassion dans le monde .>>

 

 

<<Une divergence importante entre les deux traditions se trouve dans les compréhensions respectives des figures de Bouddha et du Christ.

Il a été clarifié que le Bouddha est un être humain « illuminé » qui nous montre la perfection de l’être-Bouddha (parfait oubli de soi manifesté comme pureté, compassion et sagesse) et donne aux gens l’espérance qu’ils peuvent eux-mêmes atteindre cet idéal.

L’être-Bouddha qui peut être accompli est la condition positive de l’intégralité humaine et la liberté caractérisée par l’amour, la compassion, la joie sympathique, et l’affinité, qui font que l’on peut vivre pleinement pour le bien des autres.

Un grand mouvement historique est né (la Sangha) avec un message de libération spirituelle pour tous les êtres sensibles.

Il fut aussi compris plus clairement que, pour les chrétiens, Jésus-Christ est la manifestation de la volonté salvatrice de Dieu, l’incarnation de la seconde personne de Trinité, apportant une fois pour toutes la lumière du salut dans le monde pour toute l’humanité.

Par la grâce de cet Evénement « qui illumine toutes les personnes » (Jn 1,9), la signification de l’histoire individuelle et humaine est révélée. Dans la mort et la résurrection de Jésus-Christ, l’amour infini et la miséricorde de Dieu, source du salut, sont aussi révélés. Cet événement central du salut du monde a culminé dans le don du Saint-Esprit à la Pentecôte. L’Eglise est alors née comme rassemblement de tous les peuples toutes les langues et toutes les races pour être la famille de Dieu sur la terre.>>

<<Pour les bouddhistes, plus l’esprit est purifié et plus profondes sont la sagesse et la compassion. Dans la sérénité de l’esprit, ils essayent d’amener la paix dans le monde en appliquant les enseignements du Bouddha à leur contexte personnel et social.>>(..............) 

 

<<C’est le détachement enseigné par Jésus-Christ qui rend quelqu’un libre d’actualiser la libération qu’il a gagnée pour tous. La dimension sociale de cette libération invite le chrétien à se dévouer consciemment et totalement à une vie de charité et de service des autres, avec une option préférentielle pour les pauvres, et développe une perception particulière de l’environnement global.>>

 

 

 

<<- Les participants bouddhistes et chrétiens du colloque ont aussi reconnu qu’ils se réunissaient dans un monde déchiré par les divisions, la pauvreté et l’injustice, la violence et la guerre, l’érosion des valeurs spirituelles et la destruction de la nature. Ils ont réaffirmé le besoin des religions aujourd’hui de promouvoir une transformation personnelle et sociale pour amener un monde plus paisible.

Finalement, il y a eu une prise de conscience qu’un dialogue vrai en profondeur peut renforcer une impulsion créative pour travailler ensemble à une authentique amitié inter-religieuse pour une unité plus grande entre tous les peuples et nations. L’espoir des participants est que cette réunion nous rendra capables de grandir dans la connaissance et l’expérience de nos traditions propres et celles des autres, ouvrant ainsi la possibilité d’autres rencontres à divers niveaux, locaux, nationaux et internationaux.>>


 

<<Voici les «quatre nobles vérités» énoncées par Siddârtha Gautama, dit Bouddha, c’est-à-dire «l’éveillé» comme il les a énoncées dans son premier enseignement, le sermon de Bénarès.

<<La démarche bouddhiste est quasiment médicale: 1. diagnostic symptomatique: «tout est douleur»; 2. diagnostic étiologique (causal): «tout est désir», autrement dit, je souffre de ce que je désire (parce que je ne l’ai pas); 3. remède symptomatique: «supprimer la souffrance»; 4. remède étiologique: «supprimer le désir», ce que signifie étymologiquement nirvana.>>

Or pour Dieu «Cela est bon». Le mal ne vient pas du monde, mais de la liberté, notamment de l’homme. Pour un chrétien, il ne s’agit donc pas d’être soulagé de la souffrance, mais d’abord d’être pardonné.>>

 Débat entre Lili Sans-Gêne et Pascal Ide.(L'1visible)

<<Peut-on être Bouddhiste et Chrétien?>>


Étant chrétienne et convaincue que les enseignements du Christ étaient les vrais et les seuls possibles pour avoir la paix et le salut de l'âme, j'ai cependant toujours été attirée par certaines croyances bouddhistes et notamment celle de la réincarnation.

La réincarnation, punarbhava, renaissance, est une des caractéristiques du bouddhisme. Cependant, le bouddhisme en général, à l'exception notable des adeptes de la doctrine du pudgala , ne croit pas en l'existence d'une individualité propre, d'une âme, ni d'un esprit,car ce qu'il appelle citta« esprit, cœur », n'est pas une âme immortelle ; en effet, au concept hindouiste d'atman, le Soi, le bouddhisme a opposé l'idée d'anatman, le non-soi, l'impersonnalité dont il fait une caractéristique de toute chose : il n'y a pas de soi qui se réincarne mais « chaque chose est sans soi ».

 


 

 

Dans la Bhagavad-Gîtâ, l'un des textes essentiels de l'hindouisme : 

« L'âme incarnée rejette les vieux corps et en revêt de nouveaux, comme un homme échange un vêtement usé contre un neuf ». L'âme transmigre donc de vie en vie : « Car certaine la mort pour celui qui est né, et certaine la naissance pour qui est mort ».

L'individu qui veut atteindre la libération doit vivre de manière détachée de façon à ne pas générer de karman :

 « Celui qui, fondant en Brahman tous les actes, agit en plein détachement, le péché ne s'attache pas à lui pas plus que l'eau à la feuille du lotus ».

 

 


 

Certains groupes ésotériques, spirites ou théosophiques, nés aux alentours du XIX ème siècle , en parallèle d'un intérêt grandissant pour l'occultisme, décrivent la réincarnation en affirmant s'appuyer sur divers éléments de doctrines religieuses et spirituelles à travers les âges et les lieux, au nombre desquels ils incluent des courants chrétiens antiques.

Dans cette optique, Origène - un Père de l'Église dont la doctrine à ce sujet a été condamnée trois siècles après sa mort au Concile de Constantinople - a souvent été présenté comme « réincarnationniste » au prétexte qu'il admettait la préexistence des âmes dans une sorte de monde supérieur, voire dans la pensée de Dieu. Il n'a cependant jamais enseigné la transmigration des corps, ni humains, ni animaux : c'est l'idée de la préexistence de l'âme au corps, et donc la dissociation des deux, que le concile entendait condamner.

S'il est vraisemblable que, parmi les courants du christianisme ancien, certains, à la marge, et particulièrement chez les gnostiques, ont dû être influencés par la métempsycose platonicienne ou pythagoricienne, les chrétiens - qui se singularisent dans le monde grec dans la mesure où leur doctrine relève de la tradition de la transcendance - refusaient la croyance en des existences successives, un enseignement qui ruinerait les fondements de leur croyances, notamment la résurrection ainsi qu'en témoigne l'apparition dès le II èm siècle de traités sur la résurrection.

Il est à cet effet notable que le christianisme syriaque d'Inde, d'une autonomie et d'une tradition assez antiques, bien que dans un environnement hindou, se soit toujours refusé à la croyance en la réincarnation.

 


 

 

 

Dans une approche philosophique marquée d'un pessimisme existentiel radical  Arthur Schopenhauer voit dans la réincarnation une métaphore pour expliquer l'identification nécessaire de l'individu avec toute créature, avec tout ce qui vit, car doté du même « vouloir-vivre » qui seul se transmet, à la différence de l'âme ou de l'intellect.

Se démarquant ainsi des spirites et « des absurdités qui accompagnent la doctrine de la métempsycose », il ne croit pas en une réincarnation personnelle, mais, à la suite du « bouddhisme ésotérique », il développe l'idée de palingénésie, ou "retour à la vie" ou "naissance à nouveau" , non sans reprocher au passage au judaïsme et au christianisme d'avoir rejeté la réincarnation, « cette conviction primitive et consolante pour l'humanité ».


 

<<Quand l'âme des bêtes et des oiseaux ailés a jailli hors du corps… elle voltige là-même, inutile, jusqu'à ce qu'un autre animal la ravisse, mêlée au souffle de l'air…

 Les mêmes, dans les demeures, deviennent les uns des pères et pères et fils et épouses aux beaux atours et mères et filles, par des générations qui se succèdent l'une l'autre…

 L'âme humaine, selon de certains cycles de temps, passe dans des animaux, de celui-ci en celui-là ; tantôt elle devient un cheval, tantôt un mouton, tantôt un oiseau terrible à voir… ou bien elle rampe sur la terre divine, rejeton des froids serpents >>

 

— Orphée, fragments 223-224, éd. Kern, tirés de Proclos, Commentaire de La République de Platon.


 

 

Dans le Nouveau Testament, la « palingénésie » désigne la situation qui se produira avec l'avènement du Règne de Dieu ; le mot « régénération » est mis sur les lèvres de Jésus lui-même :

« Oui je vous le dis à vous qui m'avez suivi : lors de la régénération, quand le Fils de l'homme s'assoira sur son trône de gloire, vous vous assoirez vous aussi sur douze trônes...» (Matthieu XIX, 28).

Dans l'épître à Tite, saint Paul affirme que la palingénésie du chrétien est donnée par le baptême : « il nous a sauvés... par un bain de régénération et de renouvellement... » (III, 5).

Tout en restant dans le contexte eschatologique ,ou discours sur la fin du monde, la notion biblique de « palingénésie » oscille entre l'idée de renouvellement de l'individu en rapport avec son être chrétien et celle de la réconciliation finale de toute réalité dans la croix par la parousie ou venue du Christ glorieux.

 

 

ANNE VR(-_-)XXX

 

 

 



16/03/2021
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