Anne Vallery-Radot = Rubriques

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CHARDIN ,LE PEINTRE TRÉSORIER DE L'ACADÉMIE DU LOUVRE DU XVIII ÈME SIÈCLE

 

 

 

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Jean Siméon Chardin naît à Paris le 2 novembre 1699, d'un père artisan, fabricant de billards.

Mis à part le fait qu'il a été l'élève du peintre d’histoire Pierre-Jacques Cazes et qu'il a peut-être été conseillé par Noël Nicolas Coypel, on n'a aucune certitude à propos de sa formation avant le 6 février 1724, date à laquelle il est reçu à l'Académie de Saint-Luc avec le titre de maître – titre auquel il renonça en 1729.

 

 

 

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« En un premier temps,l'artiste peint par larges touches qu'il dispose côte à côte sans les fondre entre elles (…) ; après avoir pendant quelques années, vers 1755-1757, multiplié et miniaturisé les objets qu'il éloigne du spectateur, tenté d'organiser des compositions plus ambitieuses, il accordera une place de plus en plus grande aux reflets, aux transparences, au « fondu »; de plus en plus ce sera l'effet d'ensemble qui préoccupera l'artiste, une vision synthétique qui fera surgir d'une pénombre mystérieuse objets et fruits, résumés dans leur permanence. »

— Pierre Rosenberg, catalogue de l'exposition de 1979.

 

 

 

 

 

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Il est probable que deux de ses tableaux, la Raie et Le Buffet, ont été remarqués par deux membres de l'Académie royale à l'Exposition de la Jeunesse, place Dauphine, en 1728 : Louis de BoullognePremier peintre du Roi, et Nicolas de Largillierre un des meilleurs peintres français de natures mortes.

 

 

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Le Buffet 

 

 

La Raie fait l'objet d'une admiration et d'une fascination unanimes depuis le XVIII eme  siècle. Notons que le Buffet est une des premières œuvres datées de Chardin. 

(Henri Matisse copia ces deux tableaux en 1896 ; ils se trouvent actuellement au musée Matisse du Cateau-Cambrésis.)

 

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Matisse = Le Buffet de Chardin 

 

 

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Matisse= La Raie de Chardin

 

Et d'inspirer Soutine 

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Soutine = La Raie de Chardin 

 

 

 

"La Raie" et "Le Buffet" sont les morceaux de réception de Chardin à l'Académie royale, et se trouvent à présent au musée du Louvre.

 

 

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L'année 1731 est marquée par des événements particulièrement importants. Il épouse Marguerite Saintard sept ans après un contrat de mariage passé avec elle.

Le père de l'artiste meurt peu après, et son fils Jean Pierre naît en novembre.

Cette même année, sous la direction de Jean-Baptiste van Loo (1684-1745), il participe à la restauration des fresques de la galerie François 1er du château de Fontainebleau.

 

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 Pipes et vases à boire 

 

 

 

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  Le château de cartes   (une autre version)        

 

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Sa femme Marguerite meurt en 1735 et sa fille Marguerite Agnès en 1737.

En 1744, Chardin épouse Françoise-Marguerite Pouget (1707-1791)5. Il a 45 ans, elle en a 37. Ils n'eurent pas d'enfant.

Bientôt Chardin est protégé et encouragé par un personnage important, le marquis de Vandières (1727-1781), futur marquis de Marigny et de Menarsdirecteur des Bâtiments de 1751 à 1773, frère de Madame de Pompadour, qui lui obtient une pension.

 

 

 

« Sur le rapport que j'ai fait au Roy Monsieur de vos talents et de vos Lumières, Sa Majesté vous accorde dans la distribution de ses grâces pour les Arts, une pension de 500 livres, je vous en informe avec d'autant plus de plaisir, que vous me trouverez toujours très disposé de vous obliger, dans les occasions qui pourront se présenter et qui dépendront de moi à l'avenir. »

 

 

Chardin devient ainsi peintre académicien « dans le talent des animaux et des fruits », c'est-à-dire au niveau inférieur de la hiérarchie des genres reconnus.

 

 

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Chardin est nommé trésorier de l'Académie en 1755, et deux ans après Louis XV lui accorde un petit appartement dans les Galeries du Louvre, ce dont il se montre très fier. Marigny, dont la bienveillance à l'égard de Chardin ne se démentit jamais, est à l'origine de cet honneur rendu au peintre et l'en avertit lui-même.

 

 

 

« Je vous apprends avec plaisir, Monsieur, que le Roy vous accorde le logement vacant aux Galeries du Louvre par le décès de S. Marteau, vos talents vous avaient mis à portée d'espérer cette grâce du Roy, je suis bien aise d'avoir pu contribuer à la faire verser sur vous. Je suis, Monsieur, Votre très humble et très obéissant serviteur

 

« M. Chardin, Conseiller, Trésorier de l'Académie, a fait part à la Compagnie de la grâce honorable que le Roy lui a faitte en lui accordant un logement aux Galeries du Louvre. La Compagnie a témoigné de l'intérest qu'elle prend à tous les avantages que son mérite et ses talents lui procurent.

 

 

 

Le pastel est important dans l'œuvre de Chardin. Cet art, déjà pratiqué par Léonard de Vinci  prend son essor au XVI eme siècle, notamment avec les portraits de la famille royale par Quentin de La Tour (1704-1788) qui est peut-être à l'origine du choix de cette technique chez Chardin.

 

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 L'enfant au toton 

 

Louis XV meurt en 1774, mais depuis dix ans déjà, Mme de Pompadour n'était plus à ses côtés pour orienter ses goûts.

Cette même année, le comte d'Angivillier succède au frère de la favorite, protectrice des arts et des lettres, comme directeur et ordonnateur des Bâtiments du Roi.

Les relations entre Chardin et lui sont extrêmement différentes de celles que le peintre entretenait avec le frère de Mme de Pompadour.

Il est même possible de dire que Chardin doit faire face à un mépris teinté d'hostilité.

Ainsi, lorsqu'en 1778, il exprime auprès de d'Angivillier son désir de percevoir les honoraires jadis affectés à sa charge de trésorier de l'Académie, il se heurte au dédain du comte.

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C'est l'époque où la peinture de « grand genre », soutenue par d'Angevillier et Pierre, se tourne vers le néo-classicisme, mais Chardin souffre finalement assez peu de ces changements, et de toute façon, ses détracteurs ne parviennent pas à entraîner une désaffection du public cultivé.

Chardin est à la fois conscient de la haute maîtrise dont témoigne son art, et du peu d'estime que l'on accorde aux peintres de nature morte .

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Le peintre singe

 

 


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 Nature morte avec les attributs de l'art

 

En 1772 Chardin commence à être gravement malade. Il souffre probablement de ce que l'on appelait « la maladie de la pierre », c'est-à-dire de coliques néphrétiques.

À cause de l'âge et de la maladie, le 30 juillet 1774, il démissionne de sa charge de trésorier de l'Académie et meurt le 6 décembre 1779, à 9 heures du matin à Paris dans son appartement des galeries du Louvre.

Il est inhumé dans l'église voisine Saint-Germain-l'Auxerrois.

 

 

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 Jatte de prunes avec pêche et pot à eau


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 Le menu de maigre 


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 Raisins et grenades 

 

 

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Le panier de peches 


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Le panier de prunes 

 

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Verre d'eau et cafetière 

 

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Le panier de fraises des bois 

 

 

 

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Le bocal d'olives 

 

 

 

Comme disait le philosophe Diderot ,si vous voulez peindre , commencez par copier "le bocal d'olives " de Chardin:

 

<< C'est que ce vase de porcelaine est de la porcelaine ; c'est que ces olives sont vraiment séparées de l'œil par l'eau dans laquelle elles nagent, c'est qu'il n'y a qu'à prendre ces biscuits et les manger, cette bigarade l'ouvrir et la presser, ce verre de vin et le boire, ces fruits et les peler, ce pâté et y mettre le couteau.
C'est celui-ci qui entend l'harmonie des couleurs et des reflets. Ô Chardin ! Ce n'est pas du blanc, du rouge, du noir que tu broies sur ta palette : c'est la substance même des objets, c'est l'air et la lumière que tu prends à la pointe de ton pinceau et que tu attaches sur la toile....>>

 

Chardin était inspiré par la peinture Flamande et Hollandaise du XVIIeme et par celle du peintre Néerlandais Baroque "Vermeer" ;

Chardin a fait vivre "la nature morte " en reproduisant la substance en " mosaïque ".

Cette nature morte qui sera mainte fois étudiée et peinte par Cézanne . 

Maurice Denis :

« L'aspect caractéristique des tableaux de Cézanne vient de cette juxtaposition, de cette mosaïque de tons séparés et légèrement fondus l'un dans l'autre « Peindre, disait-il, c'est enregistrer ses sensations colorées. »

Telles étaient les exigences de son œil qu'il lui fallait recourir à ce raffinement de technique pour conserver la qualité, la saveur de ses sensations, et contenter son besoin d'harmonie…

Les fruits de Cézanne, ses figures inachevées sont le meilleur exemple de cette méthode de travail, renouvelée peut être de Chardin :

quelques touches carrées en indiquent par de doux voisinages de teintes la forme arrondie ; le contour ne vient qu'à la fin, comme un accent rageur, un trait à l'essence, qui souligne et isole la forme déjà rendue sensible par le dégradé de la couleur. »

 

 

J'ai souvent visité Chardin au Louvre avec Mon père ; je trouvais que les fruits , timbales d'argent , verres de vin ou d'eau du peintre avaient la brillance des bijoux .

Pour le critique d’art Bachaumont :

« Il place ses couleurs l’une après l’autre, sans presque les mêler de façon que son ouvrage ressemble un peu à la mosaïque ».

 

 

Extrait d'un dialogue de Chardin avec un anonyme :

“Mais qui vous a dit qu’on peignît avec les couleurs ? — Avec quoy donc ? répliqua l’autre, fort étonné. — On se sert des couleurs, reprit M. Chardin, mais on peint avec le sentiment.  »

Chardin est un grand peintre ,en avance sur la peinture par trop académique de son époque qui ne comprenait pas encore que " l'impression " et " le sentiment" allaient révolutionner la peinture du XIX eme siècle et ouvrir la porte à l'impressionnisme et au cubisme. 

 

ANNE VR(-_-)xxx

 



14/10/2018
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