Anne Vallery-Radot = Rubriques

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KUPKA LE PIONNIER DE L'ABSTRACTION

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Frantisek Kupka, dit François Kupka, né à Opočno (Bohême orientale), le  et mort à Puteaux(Hauts-de-Seine), le , est un peintre tchèque comptant parmi les pères de l'abstraction avec Vassili KandinskyGino SeveriniPiet MondrianKasimir MalevitchAuguste Herbin et Robert Delaunay.

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Frantisek Kupka a quinze ans quand il invente un alphabet mélangeant les écritures grecque, cyrillique et latine dont il se sert pour rédiger son journal. Il a appris le métier de sellier.

Il s'intéresse assez vite à la peinture et apprend en autodidacte jusqu'à ses dix-sept ans, où il reçoit un enseignement à l'école de métiers de Jaromer, avec un professeur féru de spiritisme , pour le préparer au concours de l'Académie des beaux-arts de Prague, qu'il réussit en 1889.

Il s'inscrit dans la section peinture sacrée et historique et sera diplômé de l'Académie de Prague .

 

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Il part rejoindre l'Académie de Vienne en 1892, qui jouit d'un grand renom. La ville est alors en pleine effervescence : 

Mahler compose ses symphonies, Gustav Klimt commence à peindre, Hugo von Hofmannsthal publie ses poèmes en prose, Karl Kraus s'active à philosopher, et Freud fait son apparition. C'est l'atmosphère de la ville qui le stimulera, plus que les cours qu'on lui donne à l'Académie, relativement semblables aux cours qu'il avait déjà reçus à Prague.

 

Kupka, comme de nombreux artistes, a commencé par suivre les styles appris à l'Académie, notamment le romantisme, tardif mais toujours en vogue dans les Académies de Prague et de Vienne.

En témoigne son tableau Vue de Dobruska (1889), peint dans la plus grande tradition artistique.

 

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Le Bibliomane 1897

C'est en 1896 que Kupka vient s'installer à Paris, à Montmartre, lieu où se concentre la bohème de l'époque, artistes et poètes. Il vit d'abord très pauvrement, puis, en 1898, il loue un atelier et commence à gagner sa vie comme illustrateur pour des revues ou créateur d'affiches pour des cabarets, tout en continuant ses tableaux en parallèle.

Il illustre également des nouvelles d'Edgar Allan Poe, avec en particulier

l'aquatinte en couleur, 

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L'Idole noire 

où une statue colossale se dresse à contre-jour dans la pénombre d'un paysage désolé.

 

 

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Dès son arrivée à Paris, Kupka s'oriente vers des thèmes symbolistes, sans pour autant ne faire exclusivement que des peintures symbolistes.

De cette période datent les nombreuses illustrations pour L'Assiette au beurre, notamment la couverture de L'Argent, dans lequel l'Argent est un personnage au ventre/coffre-fort et au nombril/serrure, qui tient dans sa main un ouvrier le poing levé.

De même, les dessins à l'intérieur de la revue sont parfaitement symbolistes :

un curé prêche devant une immense foule avec un Jésus sur une croix en bas de laquelle se trouvent des sacs d'or ; l'Argent courtise une Marianne naïve, et, alors qu'au loin la foule hurle « Vive la liberté ! Vive la Commune ! Vive l'anarchie ! », il dira simplement : « Moi, je m'en fous ! » ; dans un autre dessin, l'Argent écrase la foule et force un homme à écrire « Au nom du peuple » sur une table de loi.

 

 

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Femme au ballon 

 

 


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À partir de 1901, et jusqu'en 1907, après avoir participé à des périodiques humoristiques et littéraires comme Le Rire et Cocorico, il se met à collaborer intensément àL'Assiette au beurre, hebdomadaire satirique à tendance anarchisante, à laquelle participeront notamment Juan GrisFélix VallottonJacques Villon. Kupka prend une orientation anti-cléricale et anti-monarchiste, qui l'éloigne de la théosophie et du spiritisme de ses jeunes années.

Il réalise trois numéros spéciaux : L'Argent (11 janvier 1902), Religions (7 mai 1904) et La Paix ().

Il y est dur et offensif envers ceux qu'il dénonce comme les profiteurs et les oppresseurs : les marchands cupides, le Kaiser, le Tsar.

Ses dessins sont beaucoup plus élaborés que ceux des autres peintres qui ont participé à la revue. De plus, Kupka souhaite qu'on ne sous-estime pas son œuvre d'illustrateur :

Dans La Création dans les arts plastiques, il affirme que l'illustration est :

 « un genre qui peut fort bien figurer dans les plus hautes sphères de l'art. Le livre est un véritable ami de l'Homme. Lorsque les proportions chantent, que les équilibre sont heureux, que le blanc des gravures fait entendre un soprano, soutenu par l'alto ou la basse des noires typographies, l'illustration ainsi comprise n'est pas indigne d'un grand artiste. Mais combien le comprennent ? Quel champ magnifique laissé en friche! ».

 

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 The Yellow Scale , self portrait 1907

 

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Kupka arrive à l'abstraction après un long travail de recherche. À partir de 1908, ses illustrations dans sa revue Prométhée traduisent une grande recherche artistique :

Kupka s'interroge longuement sur la perspective, faisant de nombreux essais, dans ses illustrations mais aussi dans ses tableaux, 

Les Touches de piano (1909) le lac 

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Grand Nu (1909).

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Il étudie également le mouvement à travers les tableaux

 Femme cueillant des fleurs (1909-1910).

 

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Ses personnages deviennent peu à peu flous, comme dans une photographie « bougée ».

Le mouvement et le temps sont travaillés par les ombres et par les changements de couleur de la gauche vers la droite du tableau.

 

Autoportrait 1910

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Il produit ensuite une toile intitulée Madame Kupka parmi les verticales (1910-1911), sur laquelle le visage de sa femme est enfermé entre des traits verticaux.

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Dès lors, les formes géométriques s'imposent à lui, et il passe dans l'abstraction.

 

En 1910 survient la première rupture stylistique :

Kupka s'oriente vers l'art non-figuratif. Et, en 1912, le Salon d'automne accepte d'exposer des œuvres non-figuratives comme 

Fugue en deux couleurs.

 

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Disque de Newton : étude pour fugue à deux couleurs  

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Etude pour Amorpha fugue en deux couleurs  

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Au Salon des Indépendants, Kupka est exposé avec les peintres cubistes, mouvement qui l'intéresse beaucoup, mais il refuse d'y être assimilé.

À cette époque, il se regroupe chez son ami Jacques Villon avec de nombreux artistes, tels que Marcel DuchampJean MetzingerFrancis Picabia et Albert Gleizes, dans un groupe qu'on appellera le groupe de Puteaux, ou le groupe de la Section d'or.

On y discute d'art, de sciences, de mathématiques et de divers concepts à la mode, tout en présentant ses peintures et ses théories aux autres artistes.

Le groupe s'intéresse de très près aux travaux cubistes :

Metzinger et Gleizes les défendent, tandis que Duchamp, Picabia et Kupka sont plutôt sceptiques.

Kupka écrira d'ailleurs dans La Création dans les arts plastiques :

 « Les expériences réalisées par Picasso et Braque sont intéressantes comme tentatives pour approcher la nature autrement que n'avaient fait les peintres du passé. Mais elles n'aboutissent qu'à une interprétation de plus. »Kupka 

 

En 1913, il publie La Création dans les arts plastiques, un recueil de textes écrits directement en français depuis 1910 :

 

« On peut qualifier “d'atelier spirituel” le domaine subjectif où se projettent les images de la vie intérieure, miroir magique d'une réalité recréée, peuplée de visions dont l'origine semble voilée d'un secret insondable. Le secret de ce monde intérieur, c'est l'énigme des processus psychiques, énigme qui souvent demeure irrésolue aussi bien pour le protagoniste — l'artiste — que pour son entourage. » Kupka

 

 

 

Cathedral 1913

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 Plans verticaux 

 

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 Ordonnance sur verticales en jaune 

 

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 The Blue

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Lines, Aréas ,Depht III - 1913

 

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« Adieu, pauvres peintres, obligés de voler des costumes dans les loges des comédiens pour parsemer vos toiles de quelques taches de couleurs osées ! Adieu, artistes-décorateurs, appliqués à l'instar des tapissiers et des modistes, à harmoniser matières et objets colorés ! Vous avez oublié que le sens des couleurs se trouve en vous-mêmes. C'est là qu'il faut aller le chercher. » kupka 

Après la guerre, il reprend plusieurs toiles laissées inachevées, poursuit ses recherches sur la lumière et le mouvement et réoriente son style vers une peinture plus figurative. En 1921, sa première exposition monographique est organisée à la galerie Povolozky, à Paris.

En 1923, il est nommé professeur aux Beaux-Arts de Prague, mais il reste cependant à Paris avec la charge de s'occuper des boursiers tchèques. Il rencontre un industriel tchèque, Jindrich Waldes, qui devient son mécène.

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 Flowers in embroidery 1925

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En 1931, il participe à la fondation du mouvement Abstraction-Création, créé par Auguste Herbin, en opposition à la peinture de la Nouvelle Objectivité allemande et au surréalisme. Alors qu'il l'a depuis longtemps délaissé, Kupka réintroduit le noir dans sa palette. Il quitte le groupe en 1934.

 

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En 1936, il participe à l'exposition

« Cubism and Abstract Art » au MoMA de New York.

 

 

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 Marcel Duchamp 


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De 1939 à 1945, il est réfugié à Beaugency avec sa femme, Eugénie Straub.

 

 

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 Kupka avec son ami et mécène Jindrich Waldes 

 

En 1946, il participe au premier Salon des Réalités nouvelles.

 

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En 1958, le Musée d'art moderne de Paris organise une rétrospective posthume, un an après sa mort et voici 60 ans après que le Grand Palais nous propose de découvrir ce pionnier de l'abstraction .

Kupka ,comme Malevich , Kandinsky , Mondrian ou Delaunay ,a permis à l'art de faire un bond gigantesque avec "L'abstraction" dans les années 1910-1912.

Il  s'est intéressé ,mais n'a pas été tenté, par le cubisme comme Braque ou Picasso .

Cependant Kupka  a décidé de se tenir à l’écart du marché de l’art et de peu montrer son oeuvre qui est restée dans son atelier pendant très longtemps.

 Kupka est un artiste sincère, animé d’une profonde honnêteté intellectuelle, engagé plastiquement et moralement.

Enfin, il est important que le public sache que dans ses écrits, Kupka se penche sur la problématique de la perception de l’art par le public et de sa sensibilité aux couleurs et au dynamisme vital.
 

 

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La rétrospective exceptionnelle du Grand Palais, retrace le parcours de Frantiek Kupka, ses débuts marqués par le symbolisme et son évolution progressive vers l’abstraction dont il sera l’un des pionniers.

300 peintures, dessins, gravures, livres et documents redonnent vie à l'artiste et dévoilent sa personnalité engagée et singulière.

L’exposition nous entraine à la découverte de son chemin artistique et intellectuel et nous plonge dans un univers riche en couleurs, formes et mouvement.

Cette exposition est organisée par la Réunion des musées nationaux-Grand Palais en partenariat avec le Centre Pompidou, Paris, la Národní Galerie v Praze, Prague, et l’Ateneum Art Museum, Helsinki.

 

 

 

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Kupka a fait un dernier voyage pour déposer au musée de Dobruska le portrait de son père 

 

 


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ANNE VR(-_-)xxx



08/04/2018
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