Anne Vallery-Radot = Rubriques

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LES PEINTRES BAROQUES DU XVII ÈME SIÈCLE TROISIÈME PARTIE : VÉLASQUEZ L'ESPAGNOL

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 Capture d’écran 2018-10-27 à 20.29.04.pngAutoportrait

 

 

Peintre de la cour de Philippe IV, au Siècle d'or, Vélasquez y mena une longue carrière qui contribua à l'éclat du baroque espagnol.

Ses fonctions officielles ne le détournèrent jamais de l'unique objet de ses préoccupations :

la recherche de la vérité humaine à travers le traitement de la lumière et de l'espace.

 

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 Philippe IV

 

Aîné d'une famille de six enfants, baptisé le 6 juin 1599, Diego de Silva Vélasquez – qui inversera plus tard l'ordre de ses patronymes – est de naissance noble. Admis, dès l'âge de 11 ans, dans l'atelier du peintre Francisco Pacheco, il devient son élève préféré et, en 1618, son gendre.

 

 Il subit aussi la double influence du réalisme de Herrera le Vieux et du caravagisme introduit par José de Ribera.

Il peint alors des natures mortes ou bodegones et des portraits:

Vieille Femme faisant cuire des œufs,  sa première œuvre datée en 1618

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des scènes de genre et des tableaux religieux : Adoration des mages, 1619

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 Tous ces tableaux accusent les contrastes de lumière et de couleur tout en accentuant l'expression des volumes.

 

 

 

Introduit à la cour de Madrid par l'entremise du comte-duc d'Olivares, le tout-puissant ministre de Philippe IV, Vélasquez est nommé peintre du roi dès 1623.

Entre Philippe IV, jeune souverain épris de peinture, et Vélasquez, jeune peintre plein d'ambition, s'établit une relation de confiance qui, pendant près de quarante ans, donne lieu à l'un des plus fastueux exemples de mécénat royal.

Outre son titre officiel de peintre du roi, Vélasquez cumule des fonctions qui l'amènent à assumer de lourdes charges administratives comme superviser la conservation et l'embellissement des palais de Madrid.

 

 

Portraitiste non seulement du monarque, mais de la famille royale et des gens de cour, il exécute aussi, en 1627, l'Expulsion des morisques (disparu), qui traduit son admiration pour Titien – si bien représenté dans la pinacothèque royale.

 1628-1629, 

les Buveurs oule Triomphe de Bacchus, qui rend hommage au Caravage en mêlant un sujet mythologique (le dieu Bacchus) à une scène réaliste (un groupe de paysans).

 

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Pressé par Petrus Paulus Rubens, qu'il a rencontré à Madrid, de se rendre en Italie, Vélasquez obtient la permission royale de visiter le pays des peintres qu'il admire le plus. Il y reste d'août 1629 à janvier 1631.

À Rome, il peint Jacob recevant la tunique de Joseph en 1630

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et la Forge de Vulcain 

prouvant que l'Italie lui a permis d'assouplir son dessin et de renoncer au clair-obscur : il campe désormais ses figures dans un espace baigné d'air, parmi des harmonies de gris, d'ocres et de verts qui n'appartiennent qu'à lui.

 

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Rentré à Madrid en 1631, Vélasquez ne s'en éloignera plus avant 1644, pour accompagner Philippe IV lors d'une campagne militaire en Aragon.

Il renoue avec sa carrière de portraitiste officiel :

ainsi se succèdent les portraits équestres de Philippe IV

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 et ceux de l'infant don Baltasar Carlos,

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et du comte-duc d'Olivares.

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Sa force d'introspection se lit dans des œuvres suivantes :

 la Dame à l'éventail (vers 1635)

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 Juan Martínez Montañés 

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la série de bouffons et de nains du Prado ,Pablo de Valladolid, 1635 ; Calabacillas, vers 1639 ; le Niño de Vallecas, 1644 ;Don Sebastián de Morra.

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 L'humanité et le respect du peintre adoucissent l'apparence de la difformité. Elle émane également des portraits de grandes figures de l'Antiquité, dont les modèles sont pris dans le peuple : 

Démocrite  vers 1639-1640 

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Ésope 

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 Ménippe  

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À Madrid, Vélasquez travaille pour les appartements royaux. Au palais du Buen Retiro est exposée son illustre Reddition de Breda, dite aussi les Lances (1634-1635), qui y voisine avec d'autres peintures historiques, dédiées aux victoires du règne.

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Au palais de l'Alcázar, il compte réunir une collection d'antiques, et c'est, semble-t-il, pour aller les chercher qu'en janvier 1649 il entreprend un second voyage en Italie.

Il retourne à Rome, où il exécute de célèbres portraits, tels que celui de son serviteur mulâtre:

Juan de Pareja (1649-1650)

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 celui du pape Innocent X (1650).

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C'est sans doute de ce second séjour romain que date aussi la Vénus au miroir (vers 1648), un nu à la délicate sensualité, romantique et rococo et pourtant d'une modernité incroyable !!

 

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Revenu à Madrid sur ordre du roi, en juin 1651, Vélasquez est nommé dès l'année suivante au plus haut poste qu'offre la cour :

celui de maréchal "aposentador "du palais.

Il peint Philippe IV âgé (il aura consacré au monarque une quarantaine de portraits),

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ainsi que sa jeune épouse (la Reine Marie-Anne d'Autriche, vers 1652) et leurs enfants, dans des atours dont les roses pâles et les gris argentés se marient aux carmins des rideaux et aux dorures des meubles et des glaces.

 

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Au cours de sa dernière période, Vélasquez réalise deux grandes toiles, qui attestent sa totale maîtrise des techniques picturales les plus complexes et parachèvent sa vision personnelle du baroque :

 les Ménines (vers 1656), tableau de la vie quotidienne de la famille royale autour de la petite infante, de ses demoiselles d'honneur et de ses nains familiers,

 

 

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lorsque le grand peintre baroque italien Luca Giordano se trouva en présence des Ménines il s'exclama :

<< c'est la Théologie de la peinture ..... de même que la théologie embrasse toute les sciences particulières , de même ce tableau résume les possibilités de la peinture..>>      

 

 

 


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 les Fileuses (1657), transposition réaliste du thème mythologique d'Arachné.

 

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Dans cette œuvre ultime, comme dans ses deux Vues de la villa Médicis (1649-1650), Vélasquez peut apparaître comme un précurseur de l'impressionnisme.

Pour Édouard Manet, qui l'écrira à Charles Baudelaire en 1865, Vélasquez sera « le plus grand peintre qu'il y ait jamais eu ».

 

 

 

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En 1659, au terme de l'enquête tendant à établir qu'il n'a pas d'ascendance juive – comme l'exige l'Inquisition – et qu'il n'exerce aucune activité mercantile, Vélasquez obtient l'insigne faveur de revêtir l'habit des chevaliers de Saint-Jacques-de-l'Épée.

Ultime acte de dévouement au roi, qui doit signer le contrat de mariage de sa filleMarie-Thérèse avec Louis XIV, le peintre se rend sur l'île des Faisans, près d'Irún, afin d'y régler tous les détails de l'entrevue entre les deux monarques et du mariage lui-même. Il y contracte une forte fièvre, dont il meurt.

 

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l'un des plus beaux tableaux de Vélasquez est , sans aucun doute,celui du Christ en Croix (1632) ci-dessus qui se trouve au musée du Prado de Madrid , ce fût un choc de voir cette très grande toile éclairée sur le mur noir au fond d'une petite salle ou il n'y avait aucun autre tableau que cette Crucifixion , quel chef d'oeuvre !!  Cette toile religieuse est proche du classicisme d'un Guido Reni .

 Vélasquez a probablement peint ses tableaux dans une facture "Alla Prima" ,directement sur la toile et sans dessin préalable .   

 

 

« Vélasquez est un maître supérieur pour l'expression de l'air ambiant. [... Il] est franc, parce que son pinceau est conduit par la muse de la vérité. »

Charles Blanc (1813-1882), professeur au Collège de France (Grammaire des arts du dessin).

 

 

En Francis Bacon peignit sa célèbre série Étude d'après le portrait du pape Innocent X par Vélasquez.

« Vélasquez a trouvé le parfait équilibre entre l'image idéale qu'on lui demandait de reproduire et l'émotion qui submerge le spectateur. »

Francis Bacon

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Salvador Dalí réalisa en  une œuvre intitulée Vélasquez peignant l'infante Marguerite avec les lumières et les ombres de sa propre gloire, suivie des Ménines () et d'un Portrait de Juan de Pareja réparant une corde de sa mandoline (1960) pour célébrer le tricentenaire de sa mort où il utilisa les coloris de Vélasquez.

 

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C’est Pablo Picasso qui rendit à son compatriote l’hommage le plus visible, lorsqu’il recomposa entièrement Les Ménines (1957) dans son style cubiste tout en conservant avec précision la position originale des personnages. Bien que Picasso eût craint qu’une telle œuvre fût considérée comme une copie, ce travail, d’une ampleur considérable en fut très vite reconnu et apprécié.

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L'influence de Vélasquez se fait sentir jusqu'au cinéma. C'est notamment le cas chez Jean-Luc Godard qui, en 1965, dans Pierrot le fou mit en scène une petite fille lisant un texte d'Élie Faure consacré à Vélasquez extrait de son ouvrage L'Histoire de l'Art :

« Vélasquez, après cinquante ans, ne peignait plus jamais une chose définie. Il errait autour des objets avec l'air et le crépuscule. Il surprenait dans l'ombre et la transparence des fonds les palpitations colorées dont il faisait le centre invisible de sa symphonie silencieuse »

 

 

Vélasquez est "Un Grand parmi les grands. " Tout est dit !

  

ANNE VR(-_-)xxx 



28/10/2018
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